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La guerre dans les espaces coloniaux et postcoloniaux

Séminaires 2008 développés autour du programme ANR Indiens porté par Luc CAPDEVILA en collaboravation avec l’IDA

Vendredi 18 janvier 2008 - Christophe GIUDICCELLI (Université Paris 3) : Rébellion ou guerre ? Les soulèvements indiens aux frontières de l’Amérique espagnole coloniale, XVIe/XVIIe siècles

Contrairement aux régions centrales de l’empire espagnol d’Amérique, où la souveraineté de l’Espagne s’exerça effectivement sans problème majeur dès la seconde moitié du XVIe siècle, les confins des vice-royautés du Pérou et de la Nouvelle Espagne furent caractérisés par une situation de conflit quasi-permanent mettant aux prises colons et Indiens, parfois jusqu’au-delà des indépendances. Traditionnellement, on traduit cette situation d’agitation belliqueuse en termes de "révoltes" ou de "rébellions", toutes imputées à des groupes indiens pressés de secouer le joug colonial ou animés par une haine plus ou moins démoniaque, selon les perspectives adoptées par les auteurs qui en ont consigné le souvenir historique.
Nous voudrions ouvrir ici la discussion sur les problèmes que posent au chercheur la reprise sans critique préalable du vocabulaire politico-juridique espagnol, et en particulier l’emploi de ces termes minés que sont "révolte" et "rébellion", qui renvoient à la norme juridique espagnole et présentent nécessairement tout soulèvement indien comme une subversion de la paix coloniale. L’inconvénient majeur de cette reprise acritique est qu’elle enferme dans une même catégorie – celle de la délinquance – des faits qui n’ont souvent rien à voir entre eux : une simple attaque d’ estancia par une bande de pillards ou un mouvement organisé de guerre visant à raser des villes entières et fondés sur un réseau complexe d’alliances. En d’autres termes, il nous semble indispensable d’abandonner cette perspective, si l’on veut s’attacher à reconstruire la logique de chacun des mouvements indiens menés contre les Espagnols de ces provinces périphériques. Nous appuierons notre réflexions sur l’Histoire de deux "frontières" de l’Empire : la Nouvelle Biscaye, à l’extrême nord de la Nouvelle Espagne, et le Tucumán, qui marquait la limite méridionale du Pérou colonial.


Vendredi 14 mars 2008 - Clément THIBAUD (Université de Nantes) : Guerre à mort et recompositions identitaires dans les armées bolivariennes, début XIXe s

Les Indépendances du Venezuela et de la Nouvelle-Grenade ont été longtemps comprises comme l’accession à la souveraineté étatique de nations formées au cours des trois siècles de domination coloniale. Or il semble bien que la proposition soit à renverser : les émancipations ont créé les identités nationales, non l’inverse. En ce sens, les révolutions hispano-américaines ne furent pas des conflits anticoloniaux dès l’origine, mais ils se transformèrent progressivement en ce sens. Ce renversement pose au moins deux questions nouvelles. En premier lieu, comment caractériser les premiers combats qui se produisirent dans le contexte de la crise de la monarchie espagnole, consécutive à l’invasion napoléonienne de 1808 ? En second lieu, pourquoi la guerre s’est-elle simplifiée par degrés en une lutte binaire opposant des républicains, indépendantistes, libéraux à des royalistes, « Espagnols », absolutistes ? La description de ce parcours permet, par ricochet, de brouiller certains alignements conceptuels (armée, Etat, nation). Elle interroge aussi les fondements d’une dynamique qui associa la transformation des formes de la guerre, l’évolution des forces armées et de l’identité des combattants et la métamorphose des institutions politiques des deux côtés de la ligne d’un front mouvant.


Vendredi 11 avril 2008 - Jean-Yves MERIAN (LIRA/Université Rennes 2) : La diplomatie brésilienne face à la guerre du Chaco

La guerre de trois ans (1932-1935) entre le Paraguay et la Bolivie, ne fut pas seulement un conflit terrible (plus de 120 000 morts) entre deux pays pour le contrôle d’un vaste territoire peuplé de moins de 100 000 habitants, mais potentiellement riche en pétrole. Le conflit concernait l’ensemble du Cône sud dans un contexte de méfiance, de conflit larvé, de paix armée entre les deux principales puissances de la région : le Brésil et l’Argentine qui durait depuis cinquante ans. Le Brésil avait évité que l’Argentine ne s’approprie le Chaco, à l’issue du démembrement partiel du Paraguay, après la Guerre de la Triple Alliance, grâce à la médiation du gouvernement nord-américain en 1878, mais il n’avait pas pu empêcher que le Paraguay ne devienne un véritable protectorat de l’Argentine sur le plan économique et politique à partir du début du 20ème siècle. Cela n’empêcha pas l’Argentine de réagir avec méfiance à l’annexion de l’Acre par le Brésil en 1903, au dépends de la Bolivie et aux très nombreuses victoires diplomatiques du Barão do Rio Branco pour la définition des frontières en Amazonie et dans la région de Missiones. Avant et pendant la Guerre du Chaco, le Brésil redoutait que l’Argentine ne profite du conflit pour avancer dans son projet de construction d’une « Argentina Patria Grande » sur les bases de l’ancien Vice-royaume de la Plata. Nous montrerons comment la diplomatie brésilienne de Getúlio Vargas, qui maintint une neutralité active durant le conflit du Chaco, joua avec habilité des rivalités entre les différents pays de la région : Bolivie, Paraguay, Chili, Argentine, pour obtenir un pacte de non-agression et un nouvel équilibre dans le Cône sud avec la complicité des Etats-Unis. Cela constitua les bases d’une coopération régionale dans le bassin de la Plata et permit le futur désenclavement de la Bolivie vers l’Atlantique. (Rio Paraguay – chemin de fer Corumbá-Santa Cruz). Nous illustrerons aussi la traduction sur le plan diplomatique de l’affrontement des deux conceptions géopolitiques concurrentes du Brésil et de l’Argentine pour le leadership en Amérique du sud.


Vendredi 23 mai 2008

1 – Nicolas RICHARD (CERHIO/Université Rennes 2) : Archéologie des guerres indiennes : strates, types et champs polémologiques dans l’Amérique Australe

L’analyse des guerres indiennes dans l’Amérique australe a été conduite à partir de deux axes interprétatifs prédominants. Privilégiant un point de vue historique, un premier axe s’est concentré autour du problème de la violence indienne dans le cadre du monde colonial et a mis en exergue un domaine précis de phénomènes : la guerre dans l’organisation des relations de frontière (guerre, révolte, traités, etc.), la guerre comme catalyseur de transferts culturels et technologiques (le cheval, les armes, une idéologie, etc.), la guerre dans la production des sujets historiques (construction du politique, concentration du pouvoir, production des grands caciquats, etc.) sont autant de préoccupations communes aux études sur la frontière mapuche au Chili méridional (Boccara, Bengoa), à la frontière chiriguano des Andes orientales (Saignes, Combès) où à la frontière mbayá sur le Paraguay septentrional (Susnik, Areces). D’autre part, privilégiant un point de vue ethnologique, un deuxième axe interprétatif s’est construit autour du problème de la guerre dans les sociétés indiennes analysées en elles mêmes, en marge du monde colonial, en mettant en avant un domaine distinct de phénomènes et de concepts : la guerre dans le fonctionnement politique des sociétés indiennes (guerre comme ressort égalitaire, pouvoir et classes guerrières, captifs et relations interethniques), dans leur fonctionnement social (guerre et circulations sociales, guerre et fonction économique, etc.) ou dans leur fonctionnement symbolique (cannibalisme, ritualisation, esthétisation du fait guerrier) sont autant de thèmes chers aux analyses menées sur l’univers tupi-guarani des forêts paraguayennes (Clastres, Combès) ou sur les populations chaquéénnes (Metraux, Sterpin). Les différences entre ces deux grands domaines ont été dites de plusieurs façons : l’un concernerait des guerres dites « exogènes » et l’autre celle des guerres « endogènes », l’un aurait trait à des dynamiques asymétriques et l’autre à des formes de violences circulaires ou récursives, le premier serait historique et le deuxième structurel, etc. Il s’agira pour nous de tenter une approche unitaire du problème sans pour autant trahir l’hétérogénéité des phénomènes concernés. Á travers le concept de « champ polémologique », nous essaierons de penser l’articulation entre différents types de conflits et de dynamiques guerrières à l’intérieur d’un même espace social. Il s’agira dans tous les cas d’insister sur la composition hétérogène du champ de violences indiennes et de réfléchir sur la façon dont se « connecte » sa variété historique et sociologique. Dans un premier temps, nous tenterons une typologie des différents « champs polémologiques » dans l’Amérique australe, en y identifiant les principales strates historiques et configurations régionales. En un deuxième moment, nous analyserons la spécificité des problèmes que cette approche rend visibles et nous identifierons les principales lignes de travail qui s’en dégagent. Enfin, nous nous arrêterons sur le dossier chaquéén en nous concentrons sur la morphologie du champ polémologique à l’aube de la guerre du Chaco.

2 – Luc CAPDEVILA (CERHIO/Université Rennes 2) : La guerre du Chaco : caractéristiques d’une guerre de colonisation (années 1900/1930)

La guerre du Chaco est généralement représentée et étudiée comme un conflit international opposant deux États nations – la Bolivie et le Paraguay – se disputant une terre de confins. Or, avant-guerre, le Chaco boréal était parmi les dernières terres indiennes d’Amérique du sud restées en marge du maillage des États. De ce fait, au moment-même où les deux armées de conscription s’affrontaient pour conquérir ce territoire, elles engageaient simultanément un processus de colonisation. Il s’agira à travers cet événement militaire d’analyser et de comparer les formes du colonialisme interne paraguayen et bolivien au début du XXe siècle, et d’étudier en quoi a consisté une guerre internationale qui s’est déroulée tierra adentro.


Vendredi 30 mai 2008 - Gérard BORRAS (LIRA/Université Rennes 2) : Guerres et expressions culturelles dans les pays andins, XIXe/XXe siècles

Les guerres génèrent l’exacerbation des sentiments et touchent de larges secteurs sociaux des sociétés en conflit. Rejet et caricature de l’ennemi, consolidation et exaltation des sentiments nationaux et patriotiques, éloge de la bravoure, du courage sont ceux qui occupent le plus souvent le devant de la scène. L’histoire des pays andins offre à cet égard des cas d’école. Dans des pays vivant un processus difficile de construction nationale les conflits donnent lieux à de violents affrontements qui passent aussi au travers des discours et des représentations. Nous voudrions montrer comment des productions culturelles comme les chansons et les musiques généralement assez peu travaillées par les historiens des conflits, peuvent dans des circonstances précises nous aider à penser et à comprendre ces sociétés en guerre. L’analyse porte sur trois situations de crise : la guerre du Pacifique (1879-1883) et ses prolongements jusqu’au traité de 1929, la guerre du Chaco (1932-1935), et la « guerre » de Leticia en 1932.


Résumé des interventions_Séminiares 2008

Mots-clés

Histoire moderne , Rennes


Résumé des interventions_Séminiares 2008 - 162.9 ko