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Colloque - Les sociétés indiennes entre classifications ethnographiques et mémoire collective (époque coloniale-début XXe siècle / XXIe siècle)

Programme mis en ligne le 12 mars 2013

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Présentation générale :
Ce colloque aura pour but d’étudier, dans une perspective comparative mêlant approches historiques, archéologiques et anthropologiques la formation de « groupes ethniques » dans plusieurs pays d’Amérique latine entre la période coloniale et le premier quart du XXe siècle. La brûlante actualité des revendications autochtones et des opérations –souvent contradictoires– de patrimonialisation et d’exotisation des Indiens dans les pays considérés, nous impose d’ouvrir notre réflexion aux dernières mutations de ce processus, en nous intéressant à la période très contemporaine. On constate en effet que les tensions et les conflits actuels s’appuient explicitement sur la sédimentation taxinomique antérieure.

Projet scientifique :

Selon des logiques et des modalités différentes, la puissance coloniale espagnole, puis, au lendemain des indépendances, les jeunes républiques latinoaméricaines, mirent en place des politiques et un cadre législatif spécifiques aux populations indiennes, afin de les contrôler et de les incorporer aux différents régimes de production locaux et régionaux.
Pour ce faire, ils développèrent des systèmes et des pratiques de classification, ainsi que des politiques de quadrillage territorial qui induisirent des transformations radicales des sociétés en question.

– La prise de possession des territoires américains supposa de la part des conquistadors puis des administrateurs coloniaux d’incorporer les populations conquises dans un espace de surveillance et de les inclure dans diverses procédures de recensement, pour des raisons fiscales et pour répondre aux besoins des principales institutions de prise en charge des Indiens dans le diagramme colonial. C’est ainsi que la mission, l’encomienda ou la mita furent directement à l’origine des premières classifications des nations indiennes, tout autant que la catégorisations de ces dernières, sur les terres de frontière, en fonction de leur degré de soumission fue le produit des autorités locales.

– Dès la fin du XVIIIe siècle, mais surtout lors du XIXe, de nouveaux agents intervinrent directement dans un nouveau processus de classification ethnographique et de production d’un savoir réifié et naturalisé sur les populations indiennes. Cette production, fondée en partie sur ces premières catégories coloniales, fut le fait de nouveaux d’agents taxinomiques de diverse nature :

- les voyageurs-naturalistes, tout d’abord, fortement influencés par l’histoire naturelle, grands pourvoyeurs de « connaissances » issues de leurs expéditions et initiateurs des principaux réseaux de production et de diffusion d’information sur les peuples « exotiques », à travers les premières sociétés savantes et les publications recueillant leurs récits.

- Dès la seconde moitié du XIXe siècle, sous la double influence du paradigme politique libéral-républicain et du scientisme ambiant, des classifications plus systématique et rigides furent élaborées par une nouvelle catégorie d’agents, soucieux d’incorporer les populations indiennes dans des tables et autres cartes ethnographiques définies par nature. Ces agents, souvent situés à l’intersection du pouvoir –politique et économique– et des réseaux internationaux de validation scientifique du moment, furent à l’origine des principaux dispositifs de production et d’administration de ces taxinomies. Ils participèrent en effet à la création des modernes disciplines académiques des sciences de l’homme (anthropologie, ethnographie, archéologie), dirigèrent les sociétés savantes et les musées et élaborèrent l’histoire et la préhistoire officielle des populations prises en charge par ces nouveaux dispositifs de savoir et de contrôle administratif.

– Enfin, ces dernières communautés, objets de classification, en interaction avec les discours officiels et en réaction aux mutations des cadres politiques nationaux et régionaux, réélaborèrent à chaque étape leurs formes d’appartenance socio-culturelle, leur ancrage territorial et leur géopolitique. Cela impliqua de leur part une redéfinition permanente des usages du passé, souvent en contradiction avec la patrimonialisation promue par l’Etat, et en réaction contre la marginalisation politique, économique et sociale qui les affectait.

Il s’agira donc ici de s’attacher à retracer les diverses strates de production de ces taxinomies, en s’attachant à en analyser les logiques.
On étudiera notamment
– les logiques et les pratiques des différentes instances mobilisées, qu’elles soient individuelles ou collectives, (chroniqueurs, missionnaires, administrateurs coloniaux, sociétés savantes, « naturalistes organiques », responsables politiques nationaux et régionaux, collectionneurs et organisateurs de musées…)
– La reprise et la réadaptation menées par les communautés indiennes elles-mêmes des dispositifs mis en place dans le cadre de ces procédures hétéronomes.
– Un dernier volet de notre travail collectif s’attachera à souligner les enjeux actuels de ce qu’il faut bien appeler une lutte de classification, indissociable du contexte multiculturel néolibéral et de la forte résurgence de revendications indianistes depuis les années 1990. On privilégiera en ce sens les études de cas mettant en relief tant les politiques officielles de patrimonialisation/exotisation des Indiens que les initiatives des communautés concernées pour reprendre le contrôle de leurs terres et de leur patrimoine.