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Rencontres de Binic, 14 et 15 mars 2008

Rencontre entre le CERHIO (UMR6258) et le CRBC (FRE3055)

Résumés des interventions

Pierre-Yves Laffont (CERHIO, Rennes-2, Histoire médiévale) : L’Armorial d’Auvergne, Bourbonois et Forestz de Guillaume Revel : un manuscrit à peinture du XVe siècle au service de l’histoire et de l’archéologie

La BNF conserve sous la cote Fr. 22297 un exceptionnel manuscrit à peinture du XVe siècle appelé communément « Armorial de Guillaume Revel ». La particularité de cet armorial, commandé dans les années 1440-1450 par le duc de Berry à son héraut d’armes Guillaume Revel, est le choix, tout à fait extraordinaire, du commanditaire et de l’auteur de l’Armorial de faire figurer sous forme de vignettes peintes de grande taille une représentation détaillée des châteaux, villes et villages fortifiés, abbayes et prieurés fortifiés relevant alors de la seigneurie du duc de Bourbon en Auvergne, dans le Bourbonnais et en Forez. Tous les historiens ont un jour ou l’autre croisé au hasard de la bibliographie, mais sans forcément l’identifier comme tel, une des vignettes de ce manuscrit...

Au-delà de son intérêt héraldique, que nous n’aborderons pas ici, l’Armorial de Guillaume Revel s’avère, avant tout, un document de premier ordre dans les domaines de l’histoire de la fortification, de l’histoire de l’habitat noble et non noble, de l’histoire du peuplement et de l’occupation du sol, de l’histoire de la construction... L’ouvrage de Gabriel Fournier en 1973 et celui d’Emmanuel De Boos en 1998, ainsi que quelques articles, ont contribué à notre connaissance de ce manuscrit. Toutefois, plus de la moitié des vignettes présentes dans le manuscrit - plus précisément les vignettes foréziennes (environ 50) - n’avaient pas encore fait à ce jour l’objet d’une étude approfondie associant à l’analyse du manuscrit lui-même, enquêtes d’archives et travaux de terrain. Ce travail est désormais en cours dans le cadre d’une vaste publication collective.

Ma communication se propose donc, dans un premier temps, de présenter le manuscrit de l’Armorial puis, dans un second temps, de présenter et d’illustrer les nombreuses potentialités de celui-ci dans les domaines évoqués ci-dessus.


Eva Guillorel (doctorante, CERHIO/CRBC) : La chanson populaire, source pour l’histoire moderne ? Bilan historiographique et perspectives actuelles de recherche

Les historiens ont rarement envisagé la chanson comme une source de premier plan. Il n’est donc pas étonnant de constater la faible place accordée à cette documentation dans la production historiographique. L’analyse porte ici sur les chants qualifiés de « populaires ». Cette expression ambiguë recouvre en réalité deux types de sources : d’une part les vaudevilles et chansons imprimées de colportage, de l’autre les chants de tradition orale recueillis depuis le 19e siècle jusqu’à aujourd’hui. Cette synthèse tente de dresser un bilan de l’usage que les historiens modernistes ont fait de ces sources – et notamment des chansons de tradition orale – depuis deux siècles, en insistant sur les productions scientifiques des cinquante dernières années. Le regard porté sur la chanson populaire reflète le renouvellement des méthodes et des questionnements qui ont fondé la discipline historique. Il est donc nécessaire de replacer l’interrogation concernant le recours à cette source dans un contexte plus large, en envisageant les réflexions autour du concept de culture populaire, les rapports entre histoire et ethnologie ou encore l’essor et l’affirmation de l’histoire orale. De nombreux domaines de recherche auraient pu intégrer la chanson comme source pour l’histoire moderne : pourtant, le constat de sa présence très effacée dans la production scientifique des dernières décennies invite à s’interroger sur les raisons de cette lacune historiographique.


David Hopkin (Fellow in Modern History, Hertford College, Oxford University) : Explorer l’histoire grâce au folklore : les contes des marins de Saint-Cast (Côtes-d’Armor)

Entre 1879 et 1882, le folkloriste Paul Sébillot a recueilli environ 400 récits de 61 individus dans le village de pêcheurs de Saint-Cast. Le genre dominant est celui du conte fantastique. Ses informateurs les plus actifs sont de jeunes marins, des apprentis ou des mousses qui soit ont déjà participé, soit vont prendre part, à une des grandes migrations saisonnières françaises, depuis les ports de Bretagne jusqu’aux riches bancs de morue de l’Atlantique nord. La vitalité des histoires orales dans ce milieu est directement liée aux conditions dans lesquelles vivent ces garçons. L’art de conter est une activité reconnue à bord des navires. L’imaginaire aide à dissiper l’ennui et les souffrances du séjour sur les Grands Bancs. Les marins novices ont donc accumulé un répertoire de contes qui joue le rôle de capital culturel apte à les faire accepter par l’équipage. Les navires sont des institutions hiérarchiques et souvent brutales : on trouve son compte à y éviter les confrontations directes. Les équipages utilisent les contes comme des masques derrière lesquels ils peuvent exprimer leurs insatisfactions à l’égard de leurs officiers sans risque de représailles. De tels mécanismes sont nécessaires, étant donné la dimension agressive d’affirmation de soi si présente chez les marins. Des héros de contes comme Tribord-Amures et Père-La-Chique constituent des modèles de masculinité agressive. En écoutant leurs histoires, et en les racontant, ces jeunes découvrent quelles qualités sont estimées de leurs collègues de travail. Mais ces contes, qui sont un important moyen d’apprentissage des normes collectives de la communauté navale, révèlent aussi des personnalités individuelles. Les marins en effet racontent des histoires qui leur sont assorties, ou les remodèlent pour qu’elles reflètent leurs propres préoccupations. Les répertoires individuels ne sont pas autre chose que des autobiographies imaginaires, à travers lesquelles les marins communiquent avec ceux qui les entourent et aussi, grâce à Sébillot, avec la postérité.


François Weil (Centre d’études nord-américaines, EHESS) : La pratique généalogique aux Etats-Unis au 19e siècle. Histoire sociale et histoire culturelle.

On présentera une enquête en cours consacrée aux formes et aux contenus de la pratique généalogique aux Etats-Unis au 19e siècle. Il s’agira d’abord de comprendre comment émerge aux Etats-Unis, à la fin du 18e et au début du 19e siècle, un nouveau type d’activité généalogique, éloignée des enjeux de statut social dominant dans les colonies pendant l’ère coloniale ou en Europe durant l’époque moderne et le 19e siècle. On décrira les formes, les enjeux et la signification de cette démocratisation de la généalogie, tout en soulignant l’existence d’alternatives moins populaires. Dans un deuxième temps, on s’intéressera au second 19e siècle, où l’on assiste à un processus de racialisation de la pratique généalogique. On discutera les liens entre pratique généalogique et émergence de nouvelles conceptions de l’hérédité ainsi que la manière dont des conceptions "exclusives" de la généalogie triomphent après la guerre de Sécession, notamment au sein d’organisations féminines. On liera ces phénomènes avec la commercialisation croissante de la généalogie, qui constitue une caractéristique américaine de l’histoire de la généalogie. En contrepoint, on présentera les alternatives à ce modèle racial et commercial dominant : la pratique généalogique des Mormons ou le phénomène trop méconnu des réunions de famille, par exemple. On s’interrogera en conclusion sur les apports d’une enquête de ce type pour l’histoire sociale et pour l’histoire culturelle.


Isabelle Caron (post-doc, UBO-CRBC) : La fabrication du patrimoine en Bretagne et le paysage construit

Ma présentation s’intéressera à la relation que les Bretons ont entretenue avec leur patrimoine matériel à travers sa représentation dans les cartes postales, au cours de la première moitié du XXe siècle. Elle se construit dans une optique de recherche plus large portant sur la représentation du paysage construit des milieux urbains de la Bretagne. Elle est exploratoire et s’intéresse aux facteurs d’influence de nature contextuelle, en particulier au concept de patrimoine — de la première moitié du XXe siècle —, ayant agi sur la valorisation du paysage construit dans les cartes postales. Ainsi, ma présentation considérera un petit groupe de cartes postales d’édifices et de monuments de toute la Bretagne. L’hypothèse que j’explorerai à cette occasion est la suivante : la carte postale du patrimoine architectural breton a oscillé entre représenter la résistance à la fabrication du patrimoine en pays breton et valoriser ce patrimoine par sa représentation.

Mots-clés

archive , Séminaire , Autre (France) , Toutes périodes