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Accueil > Activités scientifiques > Activités antérieures (2008-2015) > Année 2009 > Colloque : "Les capitales à la Renaissance" > Présentation

Présentation

Colloque organisé par Jean-Marie LE GALL


Contexte

Les historiens de la seconde modernité et du XIXe siècle multiplient aujourd’hui le recours à la notion de capitale, appliquée à tous les domaines. Une exposition à la Bibliothèque historique de Paris ne porte-t-elle pas actuellement le titre, Paris capitale des livres ?

Le recours récurrent à ce concept en affaiblit la signification au point que de nombreux lieux peuvent de nos jours revendiquer être la capitale, parfois mondiale d’une activité depuis la chaussure jusqu’aux eaux minérales, en passant par les jeux, les gants, la mode, l’opéra et bien sûr le sexe. Mais au delà de l’hommage, de la fierté et de la publicité que cette primauté semble procurer, cette distinction n’a souvent rien d’officielle et n’en fait pas des capitales stricto sensu. Le concept est en effet politique et désigne aujourd’hui le siège du pouvoir politique, foyer des décisions principales et du contrôle de leur réalisation.

Cette définition de la capitale doit cependant être historicisée. La période de la Renaissance, entre 1450 et 1650 a été marquée par l’affirmation d’états régionaux, qui se substituent aux cités-états (de Florence au Grand Duché de Toscane), par d’importantes reconfigurations politiques dans le cadre de la mise en place de monarchies composites, sans oublier le renforcement des monarchies absolues. Quels rôles jouent les capitales dans ces évolutions et dans quelle mesure contribuent elles à modifier la capitale, son lieu, sa morphologie sociale et spatiale ?

L’époque médiévale lègue une situation complexe, que l’époque moderne émergente ne clarifie pas toujours. Ainsi en va-t-il de l’Empire, qui semble moins être en quête d’une capitale, qu’animé par le souci de n’en avoir aucune. La concentration en un même lieu des épicentres des champs symbolique, culturel, économique, démographique et politique est loin d’être acquis : Londres n’est ni Westminster, ni Oxford, ni Canterbury. Les évolutions frontalières qui perdurent conduisent encore à des déplacements de capitale durant la première modernité, voire à l’établissement de nouvelles capitales, suscitant rivalités et ressentiments, (par exemple entre Valladolid, Madrid et Lisbonne). Les changements dynastiques posent aussi la question de la continuité de la métropolité. Les liens entre les principaux rituels de légitimation, la résidence royale, la nécropole dynastique et la capitale restent complexes dans un fonctionnement politique qui connait encore l’itinérance des rois et des cours.

Mais le développement considérable de celles-ci à l’époque moderne pose en revanche un problème nouveau, celui du rapport entre la cour, sa juridiction, ses liturgies, ses privilèges, ses moeurs, et ceux de la capitale. De même le renforcement de l’autorité administrative, judiciaire et fiscale du pouvoir central pose la question de la polarisation effective du contrôle de la périphérie par le centre et de son tropisme économique, démographique et culturel. Il convient d’évaluer l’adhésion mais aussi les résistances que cette métropolité suscite dans le réseau urbain hiérarchisé. La capitale à travers ses institutions, ses élites ou ses députations, a-t-elle une préséance de parole et de représentation dans la société politique ? Dans la révolte, dans la collaboration ou dans la soumission, il s’agit d’apprécier l’effectivité de la primauté métropolitaine sur la province, et d’analyser la construction d’un sentiment de provincialité, par delà les discours et les images produits par la capitale

Elle est en effet la matrice d’une floraison de discours, d’images, de rituels qui légitiment son rang. Elle abrite des rituels du pouvoir et des institutions du pouvoir. La morphologie sociale et spatiale de la ville est marquée par ces fonctions métropolitaines. Mais la capitale a aussi ses institutions municipales, une mémoire urbaine spécifique et une prétention à la supériorité qui ne découle pas toujours, et pas seulement de la résidence du prince, ni même des institutions du pouvoir central. Si le pouvoir fait la capitale, celle-ci entend parfois aussi légitimer celui-ci. Il s’agit donc également d’examiner cette part de la capitale qui semble irréductible à la présence du roi et des autres instances de prise de décision.

Bref les débuts de l’âge moderne mettent en cause l’évidence du fait et de l’effet "capitale" et constituent donc paradoxalement une période propice à l’analyse des éléments constitutifs de la "capitalité" moderne, à travers la fondation, le transfert, la transformation de capitales. Autant d’événements qui permettent d’appréhender les fonctions et les ressorts de cette prééminence.

Mots-clés

Colloque , Histoire moderne , Rennes