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Accueil > Activités scientifiques > Activités antérieures (2008-2015) > Année 2009 > Colloque "L’Europe centrale au seuil de la modernité (Autriche, Bohème, Hongrie et Pologne, fin du XIVème siècle - milieu du XVIème siècle). Mutations sociales et culturelles" > Appel à Communication

Appel à Communication

La période s’inscrivant entre le dernier tiers du XIVe siècle et le milieu du XVIe siècle vit s’opérer sur l’ensemble du continent européen de profonds bouleversements dans tous les domaines – philosophique, politique, diplomatique, social, religieux et scientifique –, d’où sortirent aux XVIIIe et XIXe siècles les piliers du monde actuel. Toutefois, d’un bout à l’autre de l’Europe, ils prirent des formes diverses et ne s’accomplirent pas partout au même rythme : l’Angleterre n’est pas la Russie. Qu’en fut-il entre ces deux pôles, dans l’« Europe médiane » qui les reliait et les séparait tout à la fois, et dont Jenő Szűcs révélait en 1985 (dans Les trois Europes [1].) l’originalité historique aux yeux d’un public français (et occidental) qui ne raisonnait alors qu’en termes de « bloc de l’Ouest » et de « bloc de l’Est » ?
Trente ans plus tard, l’histoire de l’Europe centrale – ou centro-orientale – occupe une place discrète dans les programmes d’enseignement universitaire et dans les catalogues des éditeurs français. Les travaux parus à Prague, Vienne, Varsovie ou Budapest tardent à trouver des traducteurs. Les ouvrages de synthèse expédient en quelques pages le sort de ces pays, en partant du présupposé selon lequel ils connurent grosso modo la même évolution que l’Europe atlantique et méditerranéenne. Le raisonnement n’est pas totalement faux, bien sûr, dans la mesure où les crises de la fin du Moyen Age, de la Peste Noire au Grand Schisme, puis la découverte de mondes nouveaux, affectèrent également les mécanismes économiques et les schémas culturels de l’Europe centrale. Cela ne saurait masquer pour autant son individualité, qui résulte de caractères ethniques (hongrois et slaves), de différences chronologiques (à commencer par son évangélisation tardive) et de sa position géographique (sur la ligne de fracture entre l’Orbis latinus et l’Orient orthodoxe et musulman).

Il est vrai que cet espace pose d’épineux problèmes de dénomination d’une part, et de délimitation d’autre part (les deux étant naturellement liés), problèmes que je me contenterai ici d’exposer sommairement, dans le seul but de justifier le cadre spatial retenu pour ce colloque [2]

En recevant le baptême dans le rite latin entre la fin du IXe et la fin du Xe siècle, les chefs des tribus et duchés tchèques, polonais et hongrois ont fait basculer le cœur du continent européen du côté de l’Ouest. Cette orientation ne fut jamais réellement remise en cause par la suite : les moines français parlaient dès le XIIe siècle de leurs confrères polonais, tchèques ou hongrois comme d’autres membres de l’Occidens. Pour eux, il n’y avait donc pas d’Europe centrale, au sens où nous l’entendons aujourd’hui. La position de ces royaumes et duchés, coincés de facto entre deux empires chrétiens, le germanique et le byzantin, autorise néanmoins l’utilisation de ce vocable. On a même pu distinguer une Europe du Centre-Ouest (de peuplement allemand) d’une Europe du Centre-Est (Pologne, Bohème, Hongrie) ; d’autant que ces derniers ont été parfois attirés (de gré ou de force) par Byzance puis par la Russie (mongole ou indépendante). Toutefois, jusqu’au début du XVIe siècle, le modèle occidental l’emporte de loin sur les schémas byzantins ou russes.
La Lituanie, la Biélorussie et l’Ukraine occidentale n’ont pas échappé à cette influence lorsqu’elles sont passées sous contrôle polonais, à partir de la fin du XIVe siècle. Elles ont néanmoins conservé en dehors des milieux aristocratiques les bases de leur organisation sociale – l’obéissance aux boyards de paysans n’ayant jamais connu autre chose que la servitude – et leur rite oriental. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi ne pas les inclure dans nos débats [3]. L’Autriche pose le problème inverse. Le duché appartenait à l’Empire germanique, comme la Bohème mais avec un peuplement allemand ; ce qui lui vaut d’être habituellement exclu des limites de l’Europe centro-orientale, sinon de l’Europe centrale tout court. Cependant, bien avant l’union personnelle incarnée par les Habsbourg, les liens entre l’Autriche et sa voisine hongroise ont été très étroits, notamment au début de l’époque arpadienne, au moment de la mise en place des institutions politiques du royaume magyar [4]. On invoquera aussi les entreprises, certes éphémères, de Mathias Corvin, qui installa sa résidence à Vienne à partir de 1485. Le poids de la noblesse autrichienne (jusqu’au XVIIe siècle inclus) n’est pas sans rappeler celui des nobles polonais ou hongrois dans la vie politique de leur pays. L’Autriche apparaît en définitive comme une zone de contact privilégiée entre espace allemand et Europe médiane, au même titre que le Brandebourg ou la Prusse. Voilà pourquoi nous avons souhaité lui réserver une place, fût-elle discrète, dans nos discussions.

À ces difficultés géographiques s’ajoute un blanc chronologique. La période délimitée plus haut – et plus spécialement les années 1450 à 1540 – est l’une des laissées pour compte de l’historiographie. La plupart des chercheurs continuent de se positionner soit avant, soit après les limites marquant par convention la fin du Moyen Age et l’avènement de l’ère moderne, mais rarement des deux côtés à la fois [5]. Seule change en Europe centrale la date choisie comme pivot : tandis que les historiens français en restent aux traditionnelles césures de 1453 ou de 1492, leur collègues polonais lui préfèrent généralement la date de 1525, ceux de Hongrie celle de 1526, en se fondant exclusivement sur les données dynastiques et géopolitiques [6].

Pour leur part, les historiens tchèques (J. Macek, F. Seibt, …) ou travaillant sur la Bohème (A. Molnár) font souvent de la fracture hussite survenue un siècle plus tôt le terminus a quo de l’ère des réformes ; choix discutable au demeurant puisque le mouvement fondé par Jean Hus ne saurait rendre compte à lui seul de l’entrée de la Bohème dans la modernité.

En 1985 paraissaient les actes d’un congrès de démographie historique et d’économie intitulé East Central Europe in Transition. From the Fourteenth to the Seventeenth Century [7]. Ils n’eurent qu’un faible écho et l’idée de « transition » qu’ils tentaient d’illustrer, récemment mise à mal par l’historiographie française, n’a guère été approfondie depuis pour cette partie du continent. Pourtant, les réussites et les drames du XVIe siècle – le siècle d’or de la Pologne, l’écrasement de la Hongrie indépendante sous les coups des Ottomans, la mainmise des Habsbourg sur les rives du Danube et de la Vltava, les déchirements provoqués par le protestantisme puis les débuts de la Contre Réforme – s’ancraient indubitablement dans des réalités anciennes. En un mot, ce sont les racines médiévales de l’Europe centrale moderne (pour reprendre le titre de l’éclairant manuel de Francis Rapp [8]) que ce colloque se propose de mettre au jour.
Or les décennies 1400 à 1550 constituent un moment décisif dans le processus qui conduisit l’Europe centrale à s’écarter peu à peu des modèles occidentaux pour adopter des formes d’organisation sociale et politique emprunts d’un certain archaïsme. Rappelons-en les traits principaux. En Occident, les malheurs des XIVe et XVe siècles avaient renforcé l’État (royal), revigoré la bourgeoisie urbaine et épuisé la noblesse traditionnelle ; ce qui permit aux souverains de s’engager sur la voie de l’absolutisme et donc d’opérer au fil des siècles une « modernisation par le haut ». L’Europe du Centre-Est ne traversa une crise similaire qu’un siècle et demi plus tard, après 1450, alors que les problèmes de succession (en Hongrie) et la révolte hussite (en Bohème) avaient affaibli la royauté et que la faiblesse de son économie urbaine la plaçait déjà en position marginale dans les échanges continentaux. Touchée de plein fouet, la noblesse fit porter le poids de la récession sur les paysans, qu’elle plongea dans un état de dépendance proche de celui des paysans russes. L’ambiguïté – le drame aussi – venait de ce qu’elle prétendait, non sans légitimité institutionnelle, incarner la voix de l’ensemble des habitants (la « nation ») et soumettre le roi à un véritable pacte instaurant un régime d’ordres. Forte de cette position, elle fit avorter les premières tentatives de renforcement du pouvoir monarchique (sous Mathias Corvin, puis en Pologne sous la « république de la noblesse ») et officialisa l’avènement du « second servage ». Sans tomber dans le mysticisme autocratique qui triomphait en Russie, l’Europe centrale n’en avait pas moins raté le virage de la modernité.

Nous nous limiterons ici aux domaines sociaux, religieux et (plus largement) culturels, envisagés soit séparément, soit dans leurs liens réciproques. Les autres aspects (idées et pratiques politiques et diplomatiques, tendances démographiques et économiques, courants littéraires et artistiques, etc.) pourront faire l’objet de prochaines rencontres s’inscrivant dans un cadre spatio-temporel sensiblement identique.

Parler de société et de culture à la charnière entre Moyen Age et Époque moderne pose d’emblée la question globale de la participation de l’Europe centrale aux « progrès » de l’Europe moderne. On en reste trop souvent à l’idée selon laquelle la première ne fit que recueillir les apports venus de l’Ouest. Point n’est besoin de chercher très loin, cependant pour constater que, de Jean Hus à Nicolas Copernic, l’« Autre Europe » contribua elle aussi à forger les bases idéologiques du monde moderne. Ce colloque ne manquera pas, nous l’espérons, d’en apporter une nouvelle fois la preuve.

Mais il faudra surtout s’interroger sur le problème du « sous-développement » de l’Europe du Centre-Est. Alors qu’elle semblait sur le point de rattraper les royaumes occidentaux à la fin du XIVe siècle, et de quitter ainsi son rôle de périphérie, elle s’en éloigna un siècle plus tard. Elle renoua avec des modèles archaïques, tant en matière politique – les ordres bridant l’autorité monarchique – que sur le plan économique – par l’accentuation de son orientation agraire au détriment des activités commerciales et proto-industrielles (à l’exception relative de la Bohème) – ou dans son organisation sociale – à l’époque du « second servage » et du recul d’une bourgeoisie urbaine d’origine étrangère et sans réel poids politique. Même dans la Hongrie occupée par les Turcs, la marginalisation ne tient pas seulement aux guerres et aux changements de domination. Elle s’explique en partie par une réalité économique – notamment le fait que, tandis que l’Europe occidentale s’ouvrait sur l’Amérique et que la Russie entamait la conquête des immensités sibériennes, les pays centro-européens n’avaient, du fait de leur position géographique, aucune possibilité d’expansion territoriale [9]. Leur échec puise à des sources plus lointaines. Il résulterait notamment du pouvoir acquis par un groupe social de plus en plus étoffé et revendicatif auquel nous accorderons par conséquent une attention particulière : la noblesse.

Celle-ci fait l’objet d’un procès d’intention quasi unanime. On l’accuse un peu partout d’avoir empêché l’Europe centrale d’entrer dans la modernité [10] Aveuglée par l’obsession de tenir son rang, elle aurait paralysé le fonctionnement de l’État et entravé le décollage économique ; au point qu’elle est considérée comme responsable de l’éclatement de la Pologne à la fin du XVIIIe siècle. Est-ce à tort ou à raison ? Les exemples connus incitent à distinguer pour commencer les membres de l’aristocratie de la foule des hobereaux. Face à la renaissance humaniste, aux nouvelles méthodes de gestion domaniale ou encore aux idées hussites puis à la via moderna, ils ont souvent adopté des positions diamétralement opposées ; et ce ne sont pas toujours les mêmes que l’on trouve dans le camp de l’innovation ou, a contrario, dans celui de l’attachement aux traditions ancestrales. Barons, nobles, bourgeois et paysans ont tantôt favorisé, tantôt freiné l’avènement d’une ère nouvelle. Prenons le cas de la réforme monastique en Hongrie, appuyée au XVe siècle par les nobles mais longtemps boudée par les bourgeois des villes, en qui l’on voit habituellement les partisans inconditionnels du progrès. Au début du siècle suivant, ces derniers adhérèrent massivement au luthéranisme, de même que leurs voisins tchèques, jadis hostiles au hussitisme. Le sentiment national, ou l’appartenance à une communauté ethnique, a-t-elle vraiment déterminé leur engagement confessionnel ? L’attitude de la paysannerie, envisagée dans ses liens avec la modernité sociale et religieuse, incite elle aussi à nuancer le propos. La guerre paysanne qui ravagea les campagnes magyares en 1514 et tourna en révolte anti-seigneuriale s’opposait au processus d’asservissement des paysans ; pourtant, elle était partie du succès d’une formule que beaucoup croyaient obsolète : la Croisade.


Questionnaire

Loin de chercher à embrasser dans sa totalité un sujet aussi démesurément vaste, cette rencontre se donne pour objectif de poser quelques jalons, de préférence à partir d’études de cas bien documentés et solidement argumentés permettant de compléter et éventuellement de nuancer les acquis actuels de la recherche sur le sujet.

Voici quels thèmes pourraient être abordés dans cette perspective, parmi une liste qui n’est évidemment pas exhaustive et bien trop longue à la fois pour être épuisée en un seul colloque. Nous l’indiquons donc à titre de suggestion :

- sur l’organisation de la société :

  • discerner les véritables causes de l’alourdissement de la corvée paysanne (improprement dénommé « second servage »), tandis qu’elle disparaissait en Occident pour laisser place à des modes d’exploitation plus rentables
  • décrire l’évolution du groupe nobiliaire : son poids relatif tout d’abord (la noblesse n’a pas été partout aussi « nombreuse »), ses difficultés matérielles (inégales) et ses modèles de comportement, à l’heure de son affirmation politique (l’épanouissement du régime d’ordres marquant le triomphe en plein XVIe siècle de conceptions proprement médiévales)
  • éclairer les liens entre cette noblesse en position de force et l’émergence du sentiment national, qui se développe hors et contre l’État étranger (Habsbourg ou ottoman)
  • observer les conséquences du ralentissement des activités marchandes et artisanales sur la société urbaine

- sur l’évolution du fait religieux :

  • repérer les premiers signes de division sur le plan dogmatique (dans le conciliarisme, le hussitisme,…), qui annoncent la fin de l’unité chrétienne et le temps des confessions ; la Bohème n’a-t-elle pas franchi le pas décisif en adhérant massivement aux idéaux réformateurs de Jean Hus ? ; la dynamique de réforme qui ébranle au même moment les ordres monastiques a-t-elle fait sans le savoir le lit de la Réformation ?
  • comprendre les ultimes avatars de l’idéal de Croisade (dirigée désormais contre les Ottomans… au profit des Habsbourg) et de celui de la mission (qui n’abandonna que tardivement l’idée de convertir les orthodoxes)
  • examiner aussi les expériences de tolérance religieuse (qui ne s’exerce évidemment pas de la même manière envers les juifs, les orthodoxes, les musulmans, et enfin entre catholiques et protestants), tolérance résultant d’une longue cohabitation pacifique épargnée par les crises ou, en Bohème, de la révolution hussite
  • analyser la réaction des Églises nationales face à l’essor du premier protestantisme, autrement dit les prémisses de la Contre Réforme catholique

- dans les domaines intellectuel, artistique et scientifique (envisagés ici du point de vue leur ancrage social) :

  • sans s’attarder sur les itinéraires et les sources d’inspiration de la Renaissance artistique et littéraire introduite en Europe centrale à partir des foyers italiens et par le truchement de la Hongrie de Mathias Corvin (déjà présentés dans de nombreux congrès, ouvrages collectifs et expositions antérieurs), identifier quelles composantes de ce courant pluriel ont pris racine en Europe centrale et dans quels milieux ; appréhender les divers mouvements de réhabilitation du savoir laïc et de promotion de la langue vernaculaire, hors du cadre de l’hérésie comme dans son sillage
  • rechercher les causes locales de l’effervescence scientifique (sachant que cette dernière dépasse le cadre de l’Europe centrale, Copernic ayant longtemps vécu et travaillé en Italie) ; reconnaître aussi les limites de son rayonnement dans la société.

Une réflexion menée à l’échelle centro-européenne n’exclut pas la mise en évidence des traits propres à chaque pays ou à chaque peuple, bien au contraire. Sans quoi on ne saurait expliquer, entre autres, pourquoi la Pologne connut son heure de gloire au moment où la Hongrie vivait les années les plus sombres de son histoire. Il serait souhaitable à ce titre que la plupart des communications s’en tiennent à un cadre national ; les conclusions du colloque tenteront de dresser sur cette base un bilan comparatif. Autre vœu : qu’elles parviennent à repérer, pour chaque pays et dans chaque domaine, à quel moment se produisirent les bouleversements majeurs marquant l’entrée dans l’ère moderne. Identifier les tournants chronologiques propres à l’Europe centrale, qu’il s’agisse d’évolutions lentes et imperceptibles, ou de ruptures brutales (comme la révolution hussite ou la guerre paysanne menée par Dózsa en 1514), tel est l’objectif. Dans ce processus asynchrone, il conviendra de distinguer les leaders des voitures de queue. Une fois rassemblés, nul doute que ces éléments fourniront de nouvelles clefs pour apprécier la spécificité toujours actuelle du cœur du vieux continent.


[1Paris, L’Harmattan, 1985 (préface de Fernand Braudel)

[2Exposé synthétique et argumenté, bien que plaidant ouvertement en faveur de l’intégration de la Lituanie et de l’Ukraine dans l’Europe du Centre-Est, de Jerzy Kłoczowski en introduction de N. ALEKSIUN, D. BEAUVOIS, M.-E. DUCREUX, J. KŁOCZOWSKI, H. SAMSONOWICZ, P. WANDYCZ, Histoire de l’Europe du Centre-Est, Paris, Presses Universitaires de France, Nouvelle Clio, 2004, p. V-XX

[3Tel est également le choix de Jenő Szűcs dans Les trois Europes

[4M.-M. de CEVINS, Saint Étienne de Hongrie, Paris, Fayard, 2004

[5C’est ce que constatait récemment encore Jean-Marie Le Gall à propos de l’historiographie française en introduction de Les moines au temps des réformes. France (1480-1560), Seyssel, Champ Vallon, 2001 (p. 18). Après ceux de Nicole Lemaître, d’Hervé Martin, de Francis Rapp et de Robert Sauzet, les travaux de Jean-Michel Matz et de Ludovic Viallet tendent heureusement à combler ce vide pour l’histoire religieuse, mais il reste beaucoup à faire pour rattraper le retard qui nous sépare de nos collègues allemands.

[6Gabriella Erdélyi le déplorait il y a peu à propos de l’historiographie hongroise, en introduction de Egy kolostorper története. Hatalom, vallás és mindennapok a középkor és az újkór határán [Histoire d’un procès pour un couvent. Pouvoir, religion et vie quotidienne à la charnière entre Moyen Âge et Époque Moderne], Budapest, MTA Történettudományi Intézete, 2005 (p. 19). Les médiévistes hongrois qui osent franchir la barrière de 1526, tel András Kubinyi, Gábor Klaniczay, Katalin Szende, Maria Craciun ou encore Beatrix Romhányi (après Tibor Klaniczay et Jenő Szűcs), demeurent peu nombreux. Leurs collègues polonais s’affranchissent plus facilement des conventions chronologiques dans leurs analyses économiques aussi bien que politiques ou culturelles, autour de Jerzy Kłoczowski, d’Eugeniusz Wisniowski ou encore d’Henryk Samsonowicz. Il reste que, chez les uns et les autres, les années 1490 à 1550 ne retiennent guère l’attention.

[7Édités par A. Maczak, H. Samsonowicz et P. Burke (Cambridge, Cambridge University Press).

[8Les origines médiévales de l’Allemagne moderne. De Charles IV à Charles Quint (1346-1519), Paris, Aubier, 1989.

[9C’est la thèse majeure que défend Jenő Szűcs

[10István Bibó, suivi par l’ensemble des historiens hongrois, voit dans l’hypertrophie et les ambitions de la noblesse magyare « le phénomène le plus nuisible au développement social de la Hongrie à l’époque moderne ». Cité en traduction française dans J. SZŰCS, Les trois Europes…, p. 63.

Mots-clés

Colloque , Histoire moderne , Autre (France)