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Rencontres de Binic, 21 et 22 novembre 2008

Rencontre entre le CERHIO (UMR6258) et le CRBC (FRE3055)

Résumés des interventions

Magali COUMERT (Université de Bretagne Occidentale) : Le choix des ancêtres royaux dans les récits du haut Moyen Age franc

Mon intervention propose d’étudier la construction des premières généalogies des souverains francs. A la fin du VIe siècle, Grégoire de Tours affirmait ignorer l’existence de rois francs avant leur arrivée en Gaule. A l’inverse, les récits du passé franc écrits entre le VIIe et le IXe siècle rapportent les origines troyennes des Francs et les successions royales depuis la guerre de Troie. Ils relatent de façon détaillée le choix des premiers souverains, mais de manière fort différente. Ainsi, alors que la Chronique de Frédégaire présente les Mérovingiens comme des descendants de Priam, la révision de cet ouvrage, soutenue par l’autorité carolingienne, insiste sur le choix d’une nouvelle lignée après la chute de Troie. Les généalogies carolingiennes du IXe siècle soulignent quant à elles les liens familiaux entre les deux dynasties franques.
Il s’agit de montrer comment la présentation du choix des premiers rois francs permet de défendre une conception particulière de la légitimité royale, entre élection et héritage dynastique pour justifier le pouvoir contemporain. Les réécritures de l’ascendance des rois francs reflètent ainsi la variation des conceptions du pouvoir royal au haut Moyen Age.


Sébastien LEGROS (Rennes-2) : Les prieurés bénédictins et l’aristocratie du Bas-Maine, 11e-13e siècles

A partir du milieu du 11e siècle, les moines bénédictins ont largement délocalisé leurs implantations en établissant de petites maisons religieuses, les prieurés. Etudiés à l’échelle du Bas-Maine dans le cadre d’une thèse dont la présente intervention reprend les conclusions, ces établissements se développent selon un processus intégrant plusieurs paramètres : la géographie des sites choisis et leurs antécédents religieux, et surtout la sociologie des partenaires laïcs avec lesquels les religieux ont agi. De ce point de vue, le fait prieural offre le cadre d’une analyse micro-historique des relations entre les moines et l’aristocratie locale, petite et moyenne. Une histoire en deux temps se dessine : dans une première phase d’association, les prieurés ont renforcé la légitimité de la domination seigneuriale, les moines se laissant instrumentaliser dans les luttes féodales. Mais, parallèlement intégrés au projet grégorien de monachisation du monde, les religieux ont travaillé à la mise en place de seigneuries libres qui, à la charnière des 11e et 12e siècles, ont paru excessivement concurrencer celles de leurs bienfaiteurs laïcs. Les relations entre les moines et l’aristocratie sont alors entrées dans une phase de dissociation, que la montée de la puissance royale a accéléré.


David GROUSSARD (doctorant Rennes-2) : Le devis, une approche méthodologique

J’envisage de présenter une approche méthodologique de mes recherches à travers un document d’archives peu exploité : le devis. Perçu comme porteur d’un langage technique et spécialisé, le devis rebute souvent les historiens. Pourtant, derrière son apparente aridité, il apporte une meilleure compréhension du contexte de réalisation des ouvrages, au-delà d’une simple approche technicienne. Entre le début du 17ème siècle et la fin du siècle suivant, la forme et l’organisation du devis connaît une mutation, dans le sillage des transformations du cadre institutionnel. Ainsi, plus encore qu’une adaptation à l’évolution des modèles et des acteurs techniques, le devis respecte surtout les aspirations des administrateurs. Au 18ème siècle, le devis assume notamment une portée juridique prépondérante qui modifie profondément la construction du document ; le choix du profil du technicien s’adapte à ces exigences nouvelles. Un échantillon composée d’une soixantaine de devis dans le domaine de l’hydraulique (adductions, égouts, chaussées, berges, cales, quais, etc.) permet en définitive de confronter l’approche du chantier et la réussite fonctionnelle de l’ouvrage ; ce qui, en fin de compte, intéresse en premier lieu les protagonistes.


Hervé GUILLEMAIN (Université du Maine) : Peut-on faire l’histoire de la méthode Coué ?

Le pari paraît difficile. Il ne s’agit pas seulement de reconstituer un processus de proverbialisation qui a conduit à l’usage que tout un chacun connaît. La pratique d’Emile Coué s’inscrit dans un temps de recomposition du paysage thérapeutique : celui de la Grande Guerre et des Années Folles. En quelques années (1913-1926), la méthode construite dans le sillage de l’école hypnotique de Nancy, est devenue une pratique mondialement connue, proposant au moment de la diffusion de la psychanalyse une version populaire de l’inconscient. On se propose dans cette contribution de montrer à partir de cet exemple méconnu comment l’histoire des pratiques thérapeutiques - scientifique, médicale - peut s’enrichir d’un questionnement politique, social et religieux.


Marc-Olivier BARUCH (EHESS) : L’Arlésienne de Binic : pourquoi les historiens du contemporain ne prennent pas l’État au sérieux ?

J’ai cité Bizet, mais peut-être Verdi aurait-il été plus approprié. On sait que le chœur d’Aïda ne cesse de chanter « Marchons, marchons » en restant sur place. Or voici plus de douze ans que, soutenant ma thèse, je fus félicité – l’exercice s’y prête – pour avoir découvert un objet de recherche que j’eus la surprise de voir présenté comme inédit : l’appareil d’État au vingtième siècle, qu’il convenait désormais d’explorer à marche forcée. Pour autant, force est aujourd’hui de constater que parmi les apports, effectivement nombreux, qui ont permis au cours de la décennie écoulée de mieux comprendre les mécanismes de fonctionnement, les pratiques et les rites de l’État, seule une minorité est due à des historiens. Je ne suis pas loin de penser que cela n’est pas très grave, l’étiquetage académique n’étant que second par rapport au contenu des recherches (« qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » écrivait déjà Musset). Il n’en reste pas moins que les historiens du contemporain restent dans un rapport complexe à la machinerie de l’État, rapport qu’il peut ne pas être inutile de discuter avec des collègues issus d’autres horizons chronologiques.

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Journée d’études