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Les Indiens dans la guerre du Chaco (Paraguay / Bolivie 1932-1935 / Temps présent)

Description et problématiques du projet

Comment une guerre menée entre deux armées nationales mécanisées sur un territoire resté en marge des dynamiques étatiques, a impliqué les populations indigènes du Chaco, en bouleversant leurs espaces traditionnels, tout en réhabilitant au sein des armées modernes des stratégies coloniales d’articulation avec le monde indien ?

Quelques 80 000 Indiens vivaient dans le Chaco, répartis en une dizaine d’ethnies. Les unes en marge des espaces nationaux alternaient des relations d’hostilité et d’échange avec les habitants des fronts de colonisation (Chiriguanos, Nivaklés), d’autres n’avaient pas été contactés (Ayorés, Tomarahos). Tous furent pris dans l’engrenage d’une guerre qui n’était pas la leur, opposant la Bolivie au Paraguay sur un espace que ces États revendiquaient, sans pour autant ne l’avoir jamais occupé. La guerre du Chaco fut simultanément une guerre internationale opposant deux États modernes et une guerre d’occupation achevant la conquête des terres libres indiennes.

Cette double dimension a rarement été comprise, tant dans les faits que dans l’identification des acteurs. Ignorées par les gouvernements, les états-majors et les organisations internationales (SDN, CICR, commission d’arbitrage), absentes des archives, étrangères aux représentations d’une guerre moderne, les populations indiennes du Chaco demeurent aujourd’hui les grandes oubliées de l’historiographie de cet événement. Pensé comme une guerre entre deux nations, les acteurs non nationaux deviennent invisibles. D’autre part, ’anthropologie du Chaco privilégiant les approches monographiques et non événementielles de l’espace Indien, malgré le traumatisme que les récits collectés par les chercheurs mettent en évidence, n’a pas fait de cette guerre un objet. La question des indiens dans la guerre du Chaco restée invisible pour les historiens, n’a pas été problématisée par les ethnologues.

Or sur le théâtre des opérations les Indiens furent des auxiliaires privilégiés des armées : éclaireurs, soutien logistique, prostitution des femmes, enrôlements individuels. Simultanément la guerre précipita l’entrée de ces groupes dans les espaces nationaux en bouleversant leurs cadres de vie traditionnel : déplacements de populations, métissage, nouvelles hiérarchies, transformation du rapport au monde et à autrui.

Le projet porte sur l’ensemble des populations indigènes du Chaco boréal correspondant au champ de bataille en distinguant les différentes situations auxquelles celles-ci ont été confrontées face aux différents acteurs : armées belligérantes, déserteurs, vivandiers, missionnaires, colonies mennonites, compagnies forestières, éleveurs ; et en identifiant et comparant les stratégies développées par les armées belligérantes à leur égard, Boliviens et Paraguayens ayant construit historiquement des relations différentes avec elles, distinguant les directives données par les états-majors des pratiques mises en œuvre sur le terrain par les individus ; en analysant l’impact de la guerre sur ces populations ainsi que les processus de restructuration qui ont suivi (recomposition des systèmes d’autorité, des relations de genre, des relations aux autres groupes ethniques, des ethnonymes, des définitions identitaires) ; en étudiant les modalités indiennes du travail de mémoire par la mobilisation des ressources traditionnelles (rituels de deuil, incantations shamaniques, mythologies), par l’appropriation d’un nouvel espace environnemental et symbolique, soit par l’élaboration d’une filiation à « la » nation et « au » territoire national, et par la transmission orale d’une expérience de guerre.

Cette enquête est menée par une équipe pluridisciplinaire associant des historiens et des ethnologues, articulant la recherche dans les archives paraguayennes, boliviennes et argentines avec un travail de terrain parmi les différents groupes indigènes. L’équipe française travaillera en collaboration avec des relais institutionnels au Paraguay, en Bolivie et en Argentine.

Le travail d’archive porte :
- sur la relation nouée avec ces populations par les institutions militaires avant, pendant et après la guerre,
- sur des enquêtes d’histoire orale avec les vétérans de la guerre du Chaco. Comme la relation avec les indiens a été nouée sur le terrain, ces acteurs restent les principaux informateurs, recherche sur les autres supports de mémoire : presse, littérature, chansons populaires, notamment en langues indiennes nationales (guarani, aymara, quechua).

L’enquête ethnologique de terrain est non monographique, transversale, et consiste dans le recueil de témoignages. Les acteurs indiens sont impliqués dans la recherche et dans la valorisation des résultats. Dans la collecte et l’analyse des matériaux, la variable du genre occupe une place privilégiée.

Les objectifs sont de :
- 1. Rendre visible cette dimension de la guerre et les mémoires indiennes sur toute l’étendue du Chaco boréal, tout en participant au travail de mémoire de ces populations : recueil et mise en forme de témoignages, ateliers de travail.
- 2. Problématiser l’événement comme un moment structurant du monde indien et de sa relation aux sociétés nationales : séminaire international « histoire et anthropologie » à Asunción et publication d’un ouvrage collectif.
- 3. Utiliser l’approche méso-historique pour déconstruire les catégories : Indiens, ethnies.
- 4. Former une équipe scientifique au Paraguay dans la perspective de développer les études d’anthropologie et d’histoire contemporaine pour l’instant inexistantes dans le système universitaire paraguayen.
- 5. Inscrire la guerre du Chaco dans l’histoire générale des guerres du XXe siècle en faisant ressortir sa spécificité américaine : organisation d’un colloque international en France et publication d’un ouvrage de synthèse.

Plus d’informations auprès de :
- Luc CAPDEVILA